Le PRP et le façonnement de rôles sociaux valorisés en psychiatrie sociale

Le projet de Réalisation Personnelle (PRP) est une méthode de travail dans le domaine de l’accompagnement psychosocial que j’ai contribué à développer avec et auprès de personnes aux prises avec des difficultés de santé mentale à Genève depuis plus de 25 ans.
Le PRP s’inspire de valeurs qui visent prioritairement à promouvoir l’autonomie et à faciliter l’intégration sociale en milieu ordinaire de personnes présentant des besoins spécifiques liés à des déficiences, des incapacités, des handicaps ou des situations personnelles particulières. Au cœur de cette méthode, on retrouve le principal intéressé, c’est-à-dire l’utilisateur d’un service humain, qui est appelé à s’impliquer et se responsabiliser dans l’identification et l’évaluation de ses propres besoins, dans leur mise en priorité et dans l’élaboration de moyens permettant de les combler. Il devient, par le fait même, membre actif d’une équipe composée à la fois de professionnels, le cas échéant de son représentant et de personnes choisies parmi celles qui lui sont proches.

Le PRP est une méthode de travail qui n’a d’original que l’utilisation qu’elle fait de principes, de pensées et de savoirs qui passent par Socrate, Platon, Goëthe, Rousseau, Pinel, Montessori, Weil, Piaget, Comte, Foucault, Basaglia, Morin, Cyrulnik, Wolfensberger, pour nommer les principaux. Une méthode donc qui se veut universelle et applicable dans tout service humain axé sur l’intégration sociale de ses utilisateurs.

Développé au départ comme outil de coordination individualisée de services sociaux et médico-sociaux et s’inspirant de la méthode du Plan de Services Individualisé (PSI) nous sommes assez rapidement venus à la conclusion qu’il fallait élargir la portée du PSI et en faire un outil axé davantage sur le projet individuel des personnes que leur « plan de services ». Le PRP est donc, au fil des années, devenu un outil de travail dans le domaine psychosocial permettant aux personnes de se projeter et de reprendre contrôle de leur vie.

Au fil d’une démarche empirique de plus de 20 ans, nous en sommes aussi venus à deux conclusions : primo, que le PRP pouvait constituer un puissant outil de façonnement de rôles sociaux, notamment chez des personnes aux prises avec de sérieuses difficultés de santé mentale et, secundo, que l’appropriation ou la réappropriation de rôles sociaux valorisés constituait un des éléments clés de la réadaptation des personnes, au même titre que la médication ou que les services psychosociaux qu’elles consomment.

Il convient dans un premier temps que je vous livre ma vision psychosociale avec « lunettes VRS » de la maladie mentale.

Les maladies mentales meurtrissent les personnes dans leur intimité, dans leurs liens aux autres et dans leurs rapports au monde. Souffrances peu exprimées qui restent souvent cachées ou confinées dans des endroits clos, des cercles fermés.

Les regards et les expressions sur les personnes qui sont aux prises avec des difficultés de santé mentale et sur les institutions de soins psychiatriques peuvent être brutalement repoussants. Ces regards débouchent invariablement sur des attitudes ou des actions d’exclusion.

Aux souffrances premières de la maladie s’ajoutent alors les souffrances des préjugés, des évitements, des rejets. Ces souffrances fragilisent les individus. Les détresses et les angoisses qui deviennent trop intenses perturbent la vie en famille, en société, au travail. Cette vulnérabilité provoque et oblige à des retraits, des renoncements et des aménagements.

Les difficultés dans la vie quotidienne s’accumulent pour les personnes aux prises avec des difficultés de santé mentale. Pour se loger, pour travailler, pour pratiquer un sport, s’adonner à un loisir… Vivre avec ces obstacles et ces contraintes ajoutés à la maladie mentale demande du courage et de la volonté.

Le fait de souffrir d’une maladie mentale rompt bien souvent les liens sociaux existants.

Souffrir d’une maladie mentale a donc comme conséquence de modifier en profondeur la palette de rôles sociaux habituellement accessible aux personnes bien portantes. Cette modification est caractérisée par la perte de statut social et le confinement à des rôles sociaux socialement dévalorisés : les rôles de malade, d’assisté, d’invalide, voir de fou.

La personne aux prises avec des difficultés de santé mentale perd confiance en elle-même, et perd la confiance des autres. Elle perd ses rôles de travailleur ou de professionnel mais aussi ses rôles de parent, de protecteur, de gagne-pain.

Elle devient, aux yeux des gens qui l’entourent et à ses propres yeux, inutile, encombrante.

E.D. était architecte quand, à la naissance de son garçon, elle a été victime d’une grave maladie mentale. S’ensuivirent de nombreuses années d’hospitalisation, de traitements, de médicamentation qui la virent perdre l’essentiel de son statut social. Elle est devenue invalide, malade, assistée, placée et déplacée d’une institution à l’autre. Elle a perdu son droit de pratique. Avec le temps, soutenue par sa volonté de fer et quelques intervenants qui croyaient en elle, son projet pris forme : dans l’essentiel, se trouver un toit, travailler dans une maison d’édition, écrire et publier, faire du batik contemporain et exposer, demeurer la mère de son fils, renouer des liens positifs avec son ex-époux, combattre les symptômes de sa maladie, contenir au mieux les effets secondaires de la médication. Vivre le plus normalement possible. Je la connais depuis 1992 et je dois dire que sa vie n’est pas une vie faite de facilité. Mais elle gère elle-même son projet de vie. En février 2007, dans un resto qu’elle fréquente et où elle rencontre depuis quelques années son ex-époux de temps en temps, elle est venu à ma table et m’a présenté, pour la première fois, celui qu’elle nomme « mon mari ». Le fait qu’elle ait pu maintenir son rôle de mère et reprendre un statut social par le biais de son ancienne vie de couple comme épouse constitue sa plus grande victoire. Un exemple, parmi d’autres, de façonnement de rôles sociaux valorisés qui sont la fondation de sa survie et de son émergence comme écrivaine et artiste.

Pour E., comme pour bien d’autres personnes aux prises avec des maladies mentales, ce sont ces rôles de parent, de conjoint, de gagne-pain qui font le plus mal de perdre, qui sont les plus difficiles à se réapproprier, et qui ont le plus grand impact positif dans leur vie quand elles sont en mesure de les jouer à nouveau.

La Valorisation des Rôles Sociaux pose l’hypothèse qu’une personne dévalorisée socialement qui assume des rôles sociaux ordinaires et valorisés au sein de la collectivité sera plus apte à être elle-même valorisée et/ou moins dévalorisée.

Mis en place, à l’origine, pour améliorer la coordination des services, pour mieux prendre en compte les personnes dans leur globalité et pour leur donner prise sur leurs plans de services, le PRP s’est avéré au fil des années un outil de façonnement de rôles sociaux valorisés pour plusieurs des personnes souffrant de maladie mentale qui en ont bénéficié.

Dans l’approche PRP, la personne est reconnue et appréhendée comme un ensemble bio-psycho-social intégré à l’écologie de son milieu. Chaque personne est unique et, en conséquence, a des besoins spécifiques qui lui sont propres. Chaque personne possède son propre potentiel de développement et d’autonomie, indépendamment de sa situation et de son âge.

A.Z. est un homme d’une cinquantaine d’années qui souffre depuis plus de trente ans d’une maladie mentale. Pendant plusieurs années, il était connu comme le fou qui s’ouvrait les veines avec une lame de rasoir en public. Il était toujours rescapé, cousu, traité à l’hôpital et relâché. À chaque épisode de coupures de veines en public, il criait qu’il voulait faire la plonge. Au fil des années il a continué à s’ouvrir les veines en public en criant qu’il voulait faire la plonge. Jusqu’au jour où, dans le cadre d’une rencontre avec un professionnel qu’il connaissait, il a fini par dire calmement, sans s’ouvrir les veines, que son but dans la vie était de faire la plonge, dans un resto ! Compte tenu de sa condition et de sa réputation, ce professionnel et son association ont décidé de soutenir son projet en développant un restaurant de type entreprise sociale à partir de A.Z., le plongeur. Le restaurant a ouvert ses portes il y a dix-sept ans. Cet homme n’a pas encore raté un seul quart de travail comme plongeur (sauf quand il a dû subir des traitements de chimiothérapie) et il n’a jamais refait le coup des veines coupées en public. Tant et aussi longtemps qu’on a pas pris en compte la globalité de cette personne, il avait beau crier clairement ce qu’il voulait, on ne pouvait voir que le geste d’un fou qui crie.

Quand je rencontre A., il se fait plaisir de me répondre, quand je lui demande comment il va, ce qui suit : « pro-fess-i-o-nelle-ment, ça va… sen-ti-men=ta=lement, pas de chance ! ».

En effet, pour A. comme bien d’autres personnes qui souffrent de maladies mentales, accéder à des rôles sociaux professionnels valorisés est déjà un grand défi. Accéder à des rôles sociaux valorisés dans sa vie privée, accéder à la vie de couple par exemple, constitue un défi encore bien plus grand, peu souvent relevé.

Les réseaux sociaux de la personne peuvent souvent contribuer à répondre à ses besoins mieux qu’un quelconque établissement, service ou intervenant, pour autant qu’ils disposent des soutiens adéquats. Avec ses ressources humaines et matérielles, la communauté ordinaire est le lieu qui offre le plus grand potentiel de croissance, de développement et d’expériences valorisantes pour la personne. Les services humains (institutionnels ou sous la forme de personnes-ressources) s’adressant aux personnes en difficulté doivent être conçus comme un soutien à la dynamique communautaire : ils doivent donc être variés et garantir une continuité dans les prestations offertes, en fonction des besoins multiples et variables de chacun.

B.G. est un homme dans la mi-trentaine qui souffre d’une maladie mentale. Féru de cinéma et de technologies d’information et de communication, il caressait depuis de nombreuses années le projet de produire un court métrage qui commenterait comment il se ressent vis-à-vis des personnes dites « normales ». Il travaille dans une entreprise sociale et est accompagné de travailleurs sociaux dans sa vie privée (logement). Il y a deux ans, B. a vu son court métrage de 12 minutes accepté dans un festival à Genève et projeté en public. Il avait tout filmé d’un coup, un matin de décembre, à la foire du quartier. Le film dure 12 minutes et le générique où B. remercie ses commanditaires et ses aides dure 6 minutes ! Non seulement avait-il réussi à convaincre les forains de lui laisser l’utilisation des manèges toute une matinée, mais il avait recruté plus de 100 personnes pour l’aider et avait trouvé des commanditaires parmi les plus prestigieux. Il y travailla pendant plus de 6 mois sans jamais manquer au travail. Quand il a invité son travailleur social à la première, ce dernier n’était pas au courant qu’il avait réalisé son projet. Il l’avait réalisé avec ses réseaux sociaux. En fait, seuls ses collègues dans l’entreprise sociale où il travaille étaient au courant car ils l’avaient aidé à imprimer sa publicité.

Le PRP favorise la plus grande responsabilisation possible de la personne. Ceci pose un défi de taille avec les personnes qui souffrent de maladies mentales car leur confiance et leur estime de soi sont souvent diminuées. Elles n’ont pas tendance à se sentir capables de décider de leur sort, un sort qui devient trop souvent la responsabilité des services psychosociaux qui la prennent en charge plutôt que de l’accompagner. Soutenir une telle personne pour qu’elle se réapproprie sa vie est une tâche complexe qui demande aux intervenants de devenir de véritables ingénieurs psychosociaux, des habiletés et des compétences que les écoles de formation tardent à enseigner et que les organismes qui offrent des services ne connaissent généralement pas.

Par ailleurs, les professionnels peuvent avoir tendance à se méfier des projets des personnes qui souffrent de maladies mentales. Quand on travaille auprès d’une personne aux prises avec une maladie telle la schizophrénie par exemple, il faut faire preuve de beaucoup jugement, de discernement, de sens de l’observation et d’humilité pour l’aider à réaliser des projets qui peuvent paraître au départ fantaisistes, délusoires, voir carrément dangereux.

C.F., maintenant décédé, était un homme dans la trentaine atteint de schizophrénie. Depuis toujours il caressait le projet de traverser, d’Ouest en Est, à dos de cheval, l’île de Cuba. Dire que son projet ne fut pas pris au sérieux est un euphémisme : délusions, fantasmes, rêve de fou qu’il faut s’efforcer de lui faire oublier. Mais le projet persistait. Un jour, quelques personnes qui le connaissaient décidèrent de le prendre au mot. « Vous voulez traverser Cuba à dos de cheval ? Pourquoi pas ». On s’y prend comment ? ». Évidemment, C. avait besoin d’aide pour réaliser son projet. Et il a réussi, envers et contre l’avis de ses médecins, qui prédisaient les pires conséquences quand il décompenserait… Cela lui a pris, avec son équipe, plusieurs années pour organiser et financer une telle expédition. Il partit un jour avec un ancien éducateur converti dans le tourisme international équestre et deux copains et ils traversèrent, d’Ouest en Est, l’île de Cuba, à dos de cheval. D’ici on pourrait dire que c’est un projet un tant soit peu fantaisiste, voir un peu fou. Passer deux semaines de rêve à faire du cheval et faire la fête dans des ranchos tous les soirs, on peut imaginer le risque de décompensation une fois que les riches touristes Suisses redeviennent des malades mentaux vivant avec l’Assurance Invalidité. À la fin du voyage C » a décompensé et a dû être hospitalisé quelques mois à La Havane avant de revenir en Suisse. Il fut très bien soigné.

On peut dire ce que l’on veut de ce projet, c’était le projet de C. et de ses copains. C’était leur vie, leurs sous, leurs rêves. Oui il a chuté à la fin, mais pendant deux semaines, lui et ses copains étaient des Suisses, riches (par définition) et célibataires, pas des fous, des assistés, des malades.

Et pendant les années qui ont précédé le voyage, C. a travaillé, amassé son argent et rêvé à son voyage, plutôt que de passer son temps à penser de tenter de s’enlever la vie.

Je me demande parfois si le plaisir n’est pas dans l’accomplissement du projet plutôt que dans son aboutissement … si ce n’est pas dans l’accomplissement du projet que la personne retrouve sa dignité et sa valeur sociale.

Plutôt que de promouvoir l’idée que la personne est au centre de la démarche, le PRP vise à recentrer la démarche sur le projet de la personne. C’est ainsi que le projet de la personne est au centre de la démarche et la personne, soit l’utilisateur de services, est un membre de l’équipe de mise en place du projet. Et habituellement, en tant que membre de l’équipe, c’est l’utilisateur de services qui est responsable de son projet et qui le coordonne.

P.K. est un homme dans la mi-quarantaine. A l’âge de 17 ans il se mit à souffrir de graves incapacités liées à une maladie mentale. Hospitalisé à maintes reprises il a fini par retrouver une stabilité personnelle grâce à ses traitements, son père chez qui il résidait, et éventuellement grâce à du travail de maraîchage qu’il a pu obtenir dans une entreprise sociale. Près de 20 années ont passées. P.K. est toujours fidèle au poste, travaillant comme jardinier et un peu comme le patron de l’entreprise. Il a toujours insisté pour demeurer avec son père et toujours insisté pour garder son poste au jardin. Des collègues auraient bien voulus qu’il apprenne à vivre de manière plus autonome en se louant un studio par exemple. Son père est vieillissant et on s’inquiète de ses réactions quand il mourra. Que fera P. ? Il y a deux ans, j’ai eu le plaisir de revoir Mr. K. au jardin et lui demandé des nouvelles de son père que j’avais rencontré il y avait 15 ans lorsque nous l’avions soutenu dans l’élaboration de son projet. Il m’a alors confié que son père avait été très malade et qu’il avait bien failli décéder. Je lui ai demandé ce qu’il comptait faire quand son père mourrait. Demeurerait-il dans son appartement actuel ? Avait-il pensé à une aide ménagère ? P. me regarda d’un air un peu surpris, non pas parce que je lui posais des question personnelles, nous nous connaissons suffisamment pour aborder certains sujets, mais bien parce qu’il était surpris des questions comme tel. Et il me répondit : « Tu parles d’une question Mr Pelletier, quand mon père mourra, bien je vais l’enterrer ! C’est logique ! Ensuite je verrai si je reste dans mon appartement. Je sais comment demander de l’aide et je sais à qui je vais demander ».

C’est Simone Weil dans son extraordinaire ouvrage intitulé : L’enracinement. Prélude à une déclaration des devoirs envers l’être humain qui écrit :

“La notion d’obligations prime celle de droits, qui lui est subordonnée et relative. Un droit n’est pas efficace par lui-même, mais seulement par l’obligation à laquelle il correspond ; l’accomplissement effectif d’un droit provient non pas de celui qui le possède, mais des autres hommes qui se reconnaissent obligés à quelque chose envers lui. L’obligation est efficace dès qu’elle est reconnue. Une obligation ne serait reconnue par personne, elle ne perd rien de la plénitude de son être. Un droit qui n’est reconnu par personne n’est grand-chose.”

Le PRP est fortement influencé par une éthique qui prône explicitement la reconnaissance des droits individuels de la personne et ses obligations comme citoyen. Parmi ses droits, on retrouve, notamment : le droit d’avoir connaissance de ce qu’on écrit à son sujet ; le droit de se faire expliquer son diagnostic ; le droit d’avoir accès à son dossier clinique ; le droit de gérer son dossier personnel. Comme élément essentiel dans le PRP on retrouve aussi le droit d’être présent et de participer activement aux réunions où l’on discute de sa situation et de son orientation, le droit d’être soutenue et/ou représentée par des proches, de son choix si possible, si elle n’est pas en mesure de le faire par elle-même, et, enfin, le droit de décider de son sort, de son avenir, de ses projets. L’exercice par la personne de cette autodétermination et la notion de responsabilité individuelle qui en découle doivent être, comme pour tout citoyen, à la mesure de ses capacités. La responsabilisation de la personne porte autant sur l’ensemble du cheminement de son projet (préparation, élaboration, réalisation et évaluation) que dans la réalisation d’objectifs spécifiques.

Surtout, le PRP prend compte de la nécessité pour la personne aux prises avec des difficultés de santé mentale de briser l’isolement sociale dans laquelle elle se retrouve. C’est en développant ses relations que la personne redeviendra à même de véritablement contribuer autours d’elle et dans la société. Et c’est à partir de ses contributions, de la reconnaissance de ses responsabilités, qu’elle sera, dans les faits, habilitée à jouir de ses droits.

UNE DEFINITION DU PRP

L’essence du PRP est constituée de quatre éléments de base qui s’inspirent directement de l’approche du Plan de Services Individuel et ses dérivés tels que développés au Canada et plus particulièrement au Québec dans les années 80-90.

L’ASSOCIATION : un groupe de personnes composé de partenaires professionnels et non professionnels s’associent à une personne pour l’accompagner dans sa situation personnelle et l’aider à prendre son devenir en main : il s’agit de l’équipe PRP.

LE PROCESSUS : l’équipe travaille à repérer les défis auxquels la personne doit faire face ainsi que ses forces potentielles, à identifier et à mettre en priorité ses besoins, à définir avec elle des buts et des objectifs, et à développer un ensemble planifié de moyens à mettre en oeuvre pour l’aider à réaliser son ou ses projets.

LA DEMARCHE DE RESPONSABILISATION : responsabilisation de la personne elle-même, de ses proches et le cas échéant de son représentant, des différents intervenants identifiés comme étant les plus significatifs pour elle.

LA METHODE DE COORDINATION : une coordination des efforts des membres de l’équipe et de ceux de la personne, mais aussi coordination des ressources communautaires nécessaires à la réalisation du PRP et à l’intégration sociale de la personne.

La synthèse de ces quatre éléments, association, processus, responsabilisation et coordination peut être résumée dans la définition suivante.

Le PRP est une méthode de travail dans les services humains qui vise à mettre en place une coordination personnalisée des services, des prestations, des interventions et de l’accompagnement, dans une perspective holistique, en cohérence avec les aspirations et les projets personnels des personnes visées.

Le PRP a pour but de promouvoir l’intégration sociale et professionnelle de la personne et de soutenir son développement personnel en l’aidant à reconnaître ses forces, à identifier ses besoins, à se fixer des buts et à mettre en place les moyens de les réaliser

Pour un SOMMAIRE DES PROCÉDURES du PRP, je vous réfère à l’ouvrage que mon collègue Alain DUPONT et moi venons de publier et qui sera disponible dans les semaines qui viennent. Des dépliants et bons de commande sont disponibles pour les personnes intéressées.

Je termine mon court exposé sur LES PRINCIPAUX SOCLES DE CONSTRUCTION DE ROLES SOCIAUX VALORISES PAR LE BIAIS DU PROJET DE RÉALISATION PERSONNELLE

Au fil des années, j’ai constaté que le travail auprès de personnes avec une approche comme le PRP avait tendance à soutenir le façonnement de rôles sociaux, notamment les rôles sociaux liés aux aspects du travail, des loisirs, de la vie personnelle, par le biais d’apprentissages (ou de réapprentissages) de ce que j’appelle les principaux socles de ces rôles sociaux valorisés. Ce sur quoi une personne peut bâtir. Voici ce qui m’apparaît comme des éléments-clés à cet égard.

Savoir identifier ses forces
La personne qui est aux prises avec des difficultés de santé mentale est souvent incapable d’identifier ou d’exploiter ses forces, ses aspects positifs ; ses qualités et ses compétences, d’abord, mais aussi ses réseaux sociaux, ses ressources financières, ses talents. Ses réalisations et succès appartiennent au passé et sont souvent vus comme un reflet d’une nouvelle vie caractérisée par des échecs. La maladie, ses conséquences personnelles et psychosociales, de même que les traitements et leurs effets secondaires, occupent une place prépondérante, voir parfois toute la place dans sa vie. Il est donc important de l’aider à se reconnaître et de capitaliser sur ce qu’elle peut faire, ce qu’elle aime faire, sur les personnes et les choses qu’elle aime, sur ses ressources, sur ce qui peut bien se passer dans sa vie, malgré sa maladie. Concrètement, avant de se percevoir autrement que par le biais de sa maladie, la personne doit commencer à se passionner pour de nouvelles choses. Auparavant architecte, E.D. que j’ai présentée au préalable s’est refait une carte de visite en tant qu’artiste et écrivaine. Se reconnaître dans ses nouvelles passions et dans de nouvelles passions, l’a aidé a reprendre confiance en elle-même, notamment en tant que mère et épouse.

Retrouver son estime de soi et reprendre confiance en soi
Le PRP est une manière « douce » pour aider une personne à retrouver son estime de soi, à se percevoir comme quelqu’un « de bien » qui « peut ». Dès le début du processus, tout est mis en œuvre pour assurer une forme de dynamique du succès. Quand on sait que pour bien des personnes aux prises avec des difficultés de santé mentale, le seul fait de vivre, de ne pas se laisser aller au suicide, est une victoire, il devient impératif de pouvoir les aider à se reconnaître dans d’autres types de succès, plus proches de ce qui est valorisé dans une communauté. J’ai souvent constaté dans mon implication auprès de personnes psychiatrisées à Genève, que la réussite au travail, dans des entreprises utiles socialement, dans du vrai travail, dans des lieux attirants constituait une étape importante dans cette reprise de confiance en soi. La réussite d’un projet professionnel est souvent dans le milieu psychiatrique genevois un premier jalon pour combler le besoin d’estime de soi. On peut imaginer que c’est aussi la réalité ailleurs et dans d’autres secteurs. Et si tel est le cas, il est probable que la réussite au travail ne suppose pas nécessairement une réussite dans la vie sociale et personnelle des personnes. En effet, en dehors du travail, les personnes psychiatrisées se retrouvent bien souvent aux prises avec l’isolement sociale dans leur vie privée.

Donner et recevoir
Dans le PRP, c’est le projet de la personne qui est au centre de la démarche. La personne est membre de son équipe et à ce titre elle est appelée à s’investir, à contribuer, à donner et à recevoir. Le fait de contribuer la place dans une perspective non plus de « bénéficiaire » ou d’usager, mais de collaboratrice.

Prendre le temps qu’il faut
Parfois, avec certaines personnes, il faut laisser le temps au temps. Pour le commun des mortels, un projet d’intégration professionnelle dans une entreprise et sociale dans un quartier est une question de mois.

J. S. est un homme de 45 ans qui avait comme projet de s’intégrer socialement par le biais de son petit appartement dans un quartier de Genève et de son travail à mi-temps dans une imprimerie. En décembre 2006, soit 15 ans après son intégration dans l’entreprise, J. approcha son patron avec qui il travaille depuis son arrivée et lui demanda s’il trouvait qu’il faisait un bon travail. Ce à quoi le patron, surpris, répondit par l’affirmative. J. retourna ensuite travailler sans plus. Dans les semaines qui ont suivi, J. a été vu en train de demander de la monnaie à des commerçants, chose qu’il n’avait jamais faite. Je le connais depuis 15 ans et le croise souvent à l’imprimerie et sur la rue car nous demeurons dans le même quartier. En février 2007 il me croise sur la rue, s’arrête et me demande qui je suis et ce que je fais. Par la suite quand je l’ai revu à l’imprimerie, il me salua, chose qu’il ne faisait jamais. Le temps, pour J.S., était venu pour effectuer d’autres pas et ainsi étendre la portée de ses rôles sociaux.

Mon expérience avec le PRP chez les personnes aux prises avec des difficultés de santé mentale m’a montré aussi qu’il pouvait s’agir d’un bon moyen pour acquérir d’autres compétences et pour construire d’autres socles de rôles sociaux valorisés : se faire de bons amis, former un cercle d’amis, établir ses priorités, se fixer un budget raisonnable, se rendre utile et contribuer, apprendre à gérer le stress, participer à la vie de quartier, à la vie sociale et à la vie politique, maîtriser ses émotions. Le PRP peut être une excellente manière d’aider la personne à s’adapter, à faire face, aux changements.
Enfin, et surtout, le PRP est un moyen puissant pour aider à jouer des rôles sociaux qui n’ont rien à voir avec la psychiatrie et les plans de soins.

POUR CONCLURE

Le PRP constitue une manière de faire et de s’organiser sensiblement différente des approches traditionnelles.

Ces dernières ont souvent tendance à considérer la personne aux prises avec des difficultés de santé mentale de manière passive, comme un « objet de soins », à la prendre en charge, souvent à décider à sa place, à la considérer comme bénéficiaire ou usagère mais non comme partenaire actif.

Le PRP, ou toute autre méthode soutenant réellement le développement de projets individualisés, impose aux intervenants et aux dispositifs institutionnels à la fois une remise en question de leurs modes de fonctionnement auprès de leurs utilisateurs de services ainsi qu’une nouvelle définition de la place et du rôle qu’ils leur reconnaissent.

Et surtout le PRP peut soutenir le façonnement de rôles sociaux valorisés souvent peu accessibles à certaines personnes.

MERCI !